Yngve Holen, Totally Untrue

Pour sa première exposition personnelle à la galerie Lucile Corty, l'artiste norvégien Yngve Holen présente deux films projetés en grand format dans l'espace d'exposition ; des lignes et formes géométriques de différentes couleurs placées dans un ordre précis tournent autour d'un axe. Comme dans une galaxie, les éléments flottent au niveau d'une ligne imaginaire sans fin. Une image en mouvement s'offre au visiteur, semblant être en suspens dans un système planétaire ou dans une structure moléculaire. Le choix des couleurs et des formes numériques de ces dessins générés par ordinateur évoque l'imagerie scientifique ou encore des plans d'architecture futuristes. Ce sont les domaines d'applications les plus courants du dessin assisté par ordinateur. L'association au monde de la science ou à celui de la science-fiction est également suggérée par le caractère technoïde de ces dessins, par le rythme de l'animation, mais aussi par la quiétude de l'installation. L'animation numérique offre la possibilité d'explorer pleinement la structure tridimensionnelle des dessins d'Yngve Holen, de percevoir des détails éloignés comme dans un espace ouvert. Ainsi, nous pouvons reconnaître au loin des formes abstraites telles que des sphères ou des cylindres, pour ensuite les observer de près. De même, une concentration de lignes superposées s'ouvre et se met tout à coup à ressembler à un paysage de ramifications.
Yngve Holen montre ses dessins assistés par ordinateur pour la première fois sous forme de projection, après les avoir transférés dans un logiciel d'animation 3D. Ils résultent d'un mode de travail prenant forme dans la durée. Yngve Holen dessine sur ordinateur des lignes et des surfaces qu'il retravaille continuellement pendant des semaines ou des mois. Au cours de ce processus, il produit des signes qui deviennent de plus en plus nombreux, augmentant la densité des informations incluses dans le dessin. Celui-ci devient alors le réceptacle d'une profusion sans équivalent. Chaque phase du travail se suffit à elle-même et s'ajoute au processus d'ensemble, adjoignant une nouvelle dimension sans nécessairement tenir compte du résultat produit à la phase précédente. Cette manière de procéder accorde un rôle important aux expériences vécues : les différentes phases de son travail s'étalent sur une longue période et l'artiste se laisse influencer par ses émotions au jour le jour. Pourtant il a choisi les logiciels d'ordinateur comme médium, impliquant l'apprentissage de leur mode de fonctionnement complexe avant de pouvoir utiliser les capacités qu'ils offrent. Mais Yngve Holen s'est maintenant approprié ce mode de production au point de dessiner avec l'ordinateur comme s'il utilisait un crayon. Son mode de travail est par conséquent simple et direct. Ses dessins intègrent cette particularité contradictoire en oscillant entre les opérations de calcul spécifiques et la dimension intuitive d'une mise en forme libre.
L'infinité qui est ici suggérée par les images amène la question du mode d'observation. Les dérives des éléments représentés, passant d'un microcosme à un domaine macroscopique et inversement, sont ici rendues visibles dans les mouvements du film qui va du plus petit détail jusqu'à un cosmos duquel nous pourrions faire partie. N'ayant pas de point de comparaison direct avec la réalité ni de point de repère au niveau des dimensions, la taille réelle des dessins de l'artiste reste indéfinie. Leur mode de présentation est finalement un élément tout aussi important que les dessins eux-mêmes, puisque du numérique on retourne à la perception analogue du spectateur. Leur transposition dans un film, en démontrant par la projection la tri-dimensionalité de la représentation, résout la question du choix du medium : le dessin généré par ordinateur possède l'avantage de la troisième dimension, qui n'est plus seulement suggérée et devient effectivement expérimentable.
(Caroline Eggel)

Yngve Holen's first solo exhibition at the Galerie Lucile Corty sees the Norwegian artist displaying two large-format film projections; geometric bodies and lines in different colours rotate in a particular spatial arrangement around their own axis. As if within a universe, the elements rise up above an infinite imaginary level. The viewer is presented with an image in motion, as if floating in a galaxy or a schematised molecular structure. The digital form and colour schemes of digital computer drawings are reminiscent of scientific representations or visionary architectural plans; CAD is frequently employed in these areas. The association of science or science fiction stems from the technoid character of the computer drawing, the speed of animation and also the calm of the installation. The animation provides an opportunity to properly experience the spatial structure of the drawing, to sense the detailed expanse like an open space. It enables us to recognise abstract constructs such as spheres or cylinders from a distance and later explore them in close-up. The density of clustered lines suddenly opens up a widely branched landscape level.
For the first time, Yngve Holen presents the CAD drawings here directly as a projection by transferring them to a film program. They are the result of a long-term work process. The artist uses the computer to draw lines and areas, which he in most cases develops over a period of weeks and months. As time passes, he thus creates more symbols and a higher density of Information. The drawing itself assumes unparalleled dimensions. Each work procedure is complete in itself and often integrates itself as a new layer irrespective of the product originating beforehand. Spontaneous emotional experiences play a role here, given that working in the different time segments is defined by the artist's form on the relevant day. His selection of the computer program represents a medium whose complex functioning first has to be learned in order to utilise its capacities. Holen's mastery of it is such that he appears to be drawing with a pencil. His manner of working is accordingly direct and simple. But his drawings thus bear this conflicting characteristic in that they alternate between the calculation of a possible system and the intuitivity of free design.
The imagined infinity of the depiction opens up the question of perspective. It serves to express the drifting to and from microcosm into macro area, from the finest detail to the cosmos that we seem to belong to. As no comparison is made with reality and there are no reference points in terms of dimensions, the real size of the drawings remains open. The manner of presentation is ultimately as important a factor as the drawing itself - there has to be a progression from the digital level to the analogue visual perception of the viewer. The transformation into a film that demonstrates via a projection the three-dimensionality of the representation solves the question of the choice of medium; the drawing created on a computer has the advantage of the third dimension, which in addition to being suggestive can now also be actually experienced.
(Caroline Eggel)

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Yngve Holen, Satellite 7, 2008, 2' animation

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Yngve Holen, Satellite 7, 2008, 2' animation

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Yngve Holen, Satellite 7, 2008, 2' animation

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Yngve Holen, Satellite 5, 2008, 2'30" animation

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Yngve Holen, Satellite 5, 2008, 2'30" animation

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Yngve Holen, Satellite 5, 2008, 2'30" animation